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L’élégance des veuves

L'Elégance des veuves

L’élégance des veuves, d’Alice Ferney – ♥♥♥

 « Le spectacle se donne sans fin. Car l’instinct fait germer la chair, le désir la pousse, la harcèle quand elle s’y refuse, jusqu’à tant qu’elle cède, s’affale, se colle à une autre, et que s’assure la pérennité des lignées amoureuses. »

Ce livre m’a été prêté par une personne qui m’a décrit son auteure comme étant « très féministe ». Cette dernière révélation m’a amenée à en attendre quelque chose de particulier, peut-être un message militant que je n’ai pas retrouvé de prime abord mais que je pense avoir saisi au fil de ma lecture.

L’Élégance des veuves est un récit intime consacré aux vies entrecroisées de trois générations de femmes en particulier, dans un contexte catholique bourgeois du début du XXème siècle. L’auteure y dépeint des portraits de familles qui s’agrandissent et qui se succèdent en un cycle infini, en observant particulièrement les expériences vécues du point de vue des femmes. Ces dernières sont éduquées selon les moeurs de l’époque, se marient, donnent naissance à beaucoup, beaucoup d’enfants, transmettent certaines valeurs à leurs fils et d’autres à leurs filles, qui deviendront à leurs tours des épouses, puis reproduiront fatalement les mêmes schémas, les mêmes avenirs…

Il n’y a pas véritablement d’histoire dans ce livre, mais plutôt l’occasion d’avoir un aperçu sur des tranches de vies passées, ponctuées par les mariages, les grossesses, les enfantements, puis les deuils (oui, c’est très redondant mais j’ai eu l’impression que c’était voulu).

Les femmes dont il s’agit traversent ces étapes avec une certaine dignité mais beaucoup de résignation et de solitude finalement. Elles sont évidemment prises dans cet engrenage de destins mimétiquement renouvelés, du fait de leur éducation, des injonctions sociales et de leurs situations respectives, mais lire tout cela sous une forme qui oscille entre le roman et le « documentaire » m’a amenée à ressentir une profonde révolte face à ce don de soi total et absolu, l’acceptation résignée d’une certaine infériorité sociale, et surtout, le renoncement à toute forme de complexité intellectuelle pouvant mener à une émancipation… Peut-être est-ce là tout l’intérêt du livre ? Car il met en lumière la condition de ces femmes dans un milieu particulier, la façon dont elles sont finalement réduites à leurs appareils reproductifs, il dénonce le paradigme dans lequel elles sont prises en racontant avec un détachement et une simplicité efficaces leurs vies intérieures, leurs joies et leurs désespoirs, et en décrivant les rôles auxquels elles sont restreintes par la transmission des valeurs et le déterminisme qui en découle.

Je n’ai mis que trois ♥ malgré tout l’intérêt du livre, parce que je n’ai pas trop aimé le parti pris répétitif de la trame et de la narration en général, (heureusement, il est très court), et que j’ai été assez agacée par les personnages masculins. Ce n’est pas un livre joyeux, mais le texte est assez fort et émouvant, tout en étant d’une grande sobriété. Je le recommande donc quand même à qui s’intéresse de près ou de loin à la condition féminine, et aussi pour la plume d’Alice Ferney.

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